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3 questions à François Gemenne

Chercheur au CEARC (Cultures, Environnements, Arctique, Représentations, Climat (CEARC - EA 4455) de l’UVSQ et à l’Université de Liège, François Gemenne est également enseignant en politiques de l’environnement à Sciences Po. Ses travaux portent sur la gouvernance des migrations et l’adaptation aux changements climatiques.

le 25 février 2016

Publié en février 2016 dans la Lettre de la recherche n°27
> Vous publiez prochainement L’Atlas des migrations environnementales avec l’Organisation Internationale pour les Migrations (OIM). Pouvez-vous nous expliquer de quoi il s’agit ?
« L’Atlas rassemble, en une cinquantaine de planches et plus de 100 cartes et graphiques, l’ensemble des données disponibles aujourd’hui sur les flux migratoires liés aux dégradations de l’environnement, que celles-ci soient liées au changement climatique ou à d’autres facteurs. L’environnement est en effet devenu un facteur majeur de migrations et de déplacements dans le monde, mais il s’agit souvent d’une cause ignorée, réduite à un risque futur et lointain. Il y avait donc un grand besoin de rassembler les connaissances sur ce sujet, pour que chacun, du spécialiste à l’étudiant, puisse prendre la mesure du phénomène, dans ses différentes dimensions ».

> En novembre dernier, Géopolitique du climat est paru, juste avant la COP21. Comment les aspects géopolitiques ont-il été pris en compte lors de l’engagement des pays présents ?

« Il me semble que la COP21 restera celle où le climat a définitivement fait son entrée en politique. Trop souvent, jusqu’ici, la question du changement climatique a été considérée comme un strict problème environnemental, c’est-à-dire - hélas ! - un dossier technique, qui pouvait trouver une solution dans des mesures techniques ou technologiques. Or, c’est tout le contraire ! Le changement climatique est le problème le plus politique qui soit, tant dans ses causes que dans ses conséquences, parce qu’il questionne directement l’organisation de nos sociétés. Mais on continue à en parler comme d’un problème technique, notamment quand on explique aux gens comment ils peuvent réduire leur empreinte carbone au quotidien : ces petits gestes de consommateurs sont sûrement utiles, mais ne seront pas suffisants tant que nous ne traiterons pas le changement climatique comme des citoyens, c’est-à-dire en questionnant nos choix collectifs, qui sont responsables de l’écrasante majorité des émissions de gaz à effet de serre. Il me semble - j’espère en tout cas - que nous arrivons au moment où le climat devient enfin considéré comme un problème politique, c’est-à-dire un problème de choix collectifs. C’est pour cela qu’il faut dessiner les contours d’une nouvelle géopolitique, littéralement, d’une politique de la Terre ».

> Vos préconisations ont-elles changé depuis votre ouvrage Anticiper pour s’adapter sorti en 2010 (au moment de la réunion des 195 délégations à Cancun pour lutter contre le réchauffement climatique) ?
 « Anticiper pour s’adapter, écrit avec Laurence Tubiana et Alexandre Magnan, essayait d’éclairer les enjeux d’une thématique qui était alors relativement nouvelle dans les négociations climatiques, l’adaptation. On sait qu’une partie des impacts du changement climatique sont désormais inévitables, et qu’il est donc nécessaire que les sociétés s’adaptent à ces impacts. Cette adaptation peut prendre des formes très variées : la migration, des travaux d’infrastructure, l’ajustement de pratiques agricoles, etc. Mais on ne peut plus, aujourd’hui, prétendre lutter contre le changement climatique uniquement en réduisant les émissions de gaz à effet de serre, même si cela reste plus utile que jamais. Et il ne s’agit pas de choisir : il faut réduire ses émissions et s’adapter aux impacts. Il faut à la fois éviter l’ingérable et gérer l’inévitable ! Pour autant, si l’on voit à peu près comment faire pour éviter l’ingérable, les choses restent encore plus floues pour ce qui est de gérer l’inévitable. C’est l’objet des recherches qui sont menées par toute l’équipe du CEARC, et l’ouvrage était un premier pas dans cette direction, qui a heureusement été largement développée depuis. L’adaptation sera un enjeu crucial pour la COP22, et les recherches du CEARC nourriront ces discussions ».
Informations complémentaires
Propos recueillis par Annelise Gounon-Pesquet, chargée de communication scientifique
annelise.gounon-pesquet@uvsq.fr