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3 questions à François Robinet

Enseignant-chercheur au CHCSC*, spécialiste de la question de la médiatisation du génocide des Tutsi au Rwanda, François Robinet est engagé dans le projet interdisciplinaire et collaboratif Rwanda MAP2020.

le 15 juin 2018

Publié dans La lettre de la recherche n°43, mai 2018
*Centre d’histoire culturelle des sociétés contemporaines
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/ Quelles sont vos thématiques de recherche ?
« Publiée en 2016 dans un ouvrage intitulé Silences et récits. Les journalistes français à l’épreuve des conflits africains (Ina Editions), ma recherche de thèse portait sur les médiatisations françaises des conflits africains contemporains dans les années 1990-2000. Il s’agissait d’une étude sur les représentations médiatiques des conflits africains en lien avec les enjeux liés à la fabrique et à la diffusion de l’information internationale.
Celle-ci a été prolongée autour de deux axes principaux de recherche. D’abord, l’étude de la relation franco-rwandaise avant et pendant le génocide des Tutsi en 1994 afin de déterminer l’influence des choix de la diplomatie française sur le déroulement des événements à partir des archives officielles de l’exécutif français, de témoignages d’acteurs de l’époque et des nombreux rapports produits sur le sujet. Dans le prolongement du colloque international « Rwanda 1994-2014 : récits, constructions mémorielles et écriture de l’histoire »* , une deuxième dimension de mon travail porte sur l’étude de la fabrique des mémoires du génocide dans l’espace public français en prenant en compte les productions médiatiques et culturelles et en étudiant plus spécifiquement le rôle des journalistes, des responsables politiques et des discours négationnistes. À ces deux dimensions s’ajoute une réflexion épistémologique sur les modalités selon lesquelles les archives de presse, de radio et de télévision peuvent être utiles à l’écriture de l’histoire des conflits africains contemporains.
Il faut souligner que près de 25 ans après les faits, la recherche sur le génocide des Tutsi a fait des progrès conséquents. Pourtant, la singularité de cet événement (fulgurance, nombre de victimes, implication des civils…) reste un défi pour les sciences humaines et sociales. Pour ma part, je cherche à rendre intelligible les choix politiques opérés à l’époque par la France et par certains pays européens et africains. Ce travail de connaissance approfondie nous éclaire non seulement sur l’histoire du génocide, mais aussi sur l’histoire politique française lors des deux mandats de François Mitterrand sachant qu’aujourd’hui encore, le rôle joué par la France en 1994 revêt un impact sur l’image de la diplomatie française en Afrique ».

2/ Le 20 avril 2018, le CHCSC, l'UVSQ et la MSH Paris-Saclay ont organisé le workshop de lancement du projet Rwanda MAP2020 – Connaître le génocide Tutsi : La recherche à l’épreuve des traces de l’extermination. Pouvez-vous nous en parler ?
« Projet interdisciplinaire et collaboratif, Rwanda MAP2020 est dédié à la constitution d’un réseau international de recherche sur les traces du génocide. L’objectif est de travailler collectivement sur les dimensions mémorielles, archivistiques et patrimoniales (MAP) du génocide afin de créer une cartographie de l’existant en termes de recherche (annuaire des chercheurs, bibliographie collaborative, guide des centres d’archives et de documentation, etc.). Il s’agit aussi pour la trentaine de chercheurs associés (principalement français, belges, britanniques et rwandais) de travailler sur les constructions mémorielles de manière comparative et de questionner les circulations transnationales des récits forgés sur le génocide. Une plateforme digitale en trois langues (français, anglais et kinyarwanda) permettra la valorisation des résultats de ce réseau. Un deuxième colloque est prévu à l’Université libre de Bruxelles le 21 septembre prochain chez nos partenaires du Centre de recherche Mondes modernes et contemporains. Enfin, en parallèle à ce projet de recherche, nous discutons actuellement avec nos partenaires rwandais de la mise en place d’un projet de formation sur la gestion des archives et du patrimoine du génocide ».

3/ Sur quels autres projets travaillez-vous ?
« Je finalise actuellement l’édition des actes du 1er Congrès de la Société pour l’histoire des médias (SPHM) « Penser l’histoire des médias » co-organisé à Saint-Quentin-en-Yvelines par le CHCSC en 2016 et je reste, comme plusieurs chercheurs du CHCSC, très impliqué dans la SPHM et dans le comité de rédaction de la revue Le Temps des médias dont je suis co-secrétaire de rédaction. Nous venons d’ailleurs de tenir le 2e congrès international de la (SPHM) chez nos partenaires de l’Institut français de presse (Paris 2 Panthéon Assas) sur le thème « Rêver d’un autre monde. Médias, utopies et expérimentations de l’époque moderne à nos jours ».
Nous sommes également à la fin du cycle des deux années du séminaire du CHCSC intitulé « L’histoire au prisme des studies ». Une publication internationale reprenant une partie des conclusions du séminaire est actuellement en cours de conception pour la revue Diogène et à paraitre en 2019. 
Enfin, dans le cadre du projet ANR Transatlantic Cultures, Dictionnaire d’histoire culturelle transatlantique porté par Anaïs Fléchet pour le CHCSC (en collaboration avec les Universités de Berkeley, de Sao Paulo, de Paris 3 et l’Institut des Hautes Etudes de l’Amérique latine), je suis membre du comité éditorial du projet, co-responsable de la rubrique médias et membre du comité d’organisation du colloque « Afriques transatlantiques » qui se tiendra les 15 et 16 novembre prochains à l’Université Paris-Diderot ».
Informations complémentaires
En savoir plus
*Dont les actes ont été publiés en 2017 : Virginie Brinker, Catherine Coquio, Alexandre Dauge-Roth, Éric Hoppenot, Nathan Réra, François Robinet, Rwanda, 1994-2014. Histoire, mémoires et récits, Dijon, Les Presses du réel, 2017, 544 p.