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Dalila Messaoudi, au coeur de la thématique Genre et urbanités

Spécialiste de la délocalisation des entreprises - zones franches industrielles, Dalila Messaoudi s'implique depuis deux ans dans la thématique de recherche Genre et urbanités. Cette recherche permet de constituer des préconisations à l'adresse de la mairie de Gennevilliers (92) pour le réaménagement de la ville.

ATER et chercheuse au Centre d’études sur la mondialisation, les conflits, les territoires et les vulnérabilités (CEMOTEV), et co-organisatrice de la Journée d’études intitulée Genre et urbanités : usages et aménagements de la ville au prisme des rapports hommes/femmes*, Dalila Messaoudi répond à nos questions.

[style1;Vous participez depuis 2014 aux recherches La ville côté femmes. Pouvez-vous nous expliquer ce projet ?]
« D’une durée de six ans, ce projet de recherche participatif a pour objectif de comprendre les mécanismes et les représentations de l’espace public par les femmes, par ricochet à ceux ou celles des hommes. On s’aperçoit que l’espace public est fragmenté selon si l’on est un homme ou une femme. Concrètement, les femmes vont s’imposer des barrières spatiales pour ne pas pénétrer sur des territoires vécus comme des lieux d’insécurité réels ou fantasmés. Elles développent ainsi des stratégies d’évitement. Ce constat est valable pour tous les pays, et nous souhaitons de ce fait organiser une Journée Européenne consacrée à cette question. Notre terrain d’étude actuel est Gennevilliers, une commune des Hauts de Seine de 45 000 habitants, représentative du point de vue de son aspect mélangeant secteur industriel et secteur tertiaire.
Pluridisciplinaire, ce projet regroupe une vingtaine de chercheurs des Sciences humaines et sociales : géographes, urbanistes, architectes, socio-anthropologues, historiens, philosophes, artistes. L’idée est aussi de solliciter la participation des habitants, hommes et femmes, par le biais de plusieurs activités : photographie, comédie, conte, atelier d’écriture, compagnie théâtrale, coopérative urbaine d’invention.
Les étapes du projet sont les suivantes : évaluer les dispositifs de la commune et leur impact ; faire participer les habitants ; produire des rencontres, colloques, expositions, publications ; proposer des préconisations aux décideurs municipaux d’aménagements afin d’aboutir à une ville pour tous et toutes. »


[style1;On a beaucoup entendu parler de harcèlement de rue ces dernières années. Le phénomène est-il récent ?]
« Ce phénomène n’est pas récent, mais il est de plus en plus connu. En ce moment notamment, l’on peut voir une campagne de publicité consacrée au harcèlement dans les transports en commun : « Stop - ça suffit ». Les rapports hommes/femmes sont depuis longtemps asymétriques dans l’espace public. Les femmes peuvent subir des remarques, des gestes et des insultes qui, de par leur répétition, créent un sentiment d’insécurité, et qui peuvent être intégrés comme normaux dans l’inégale appropriation de l’espace. La prise en compte de cette violence publique date des années 80, et fait désormais partie du cahier des charges des villes. Ont notamment été mises en place des marches exploratoires, au Canada d’abord, puis en Amérique Latine, et en Europe. Le principe est de réunir un groupe de femmes après avoir identifié les lieux et les facteurs explicatifs, puis, en groupe, d’investir des territoires que l’on se réapproprie. L’on note que l’insécurité peut être produite par l’éclairage, le bruit, l’ambiance, le stationnement, l’attroupement. De ce fait, les femmes préféreront éviter certains lieux, voire faire des détours. Cela n’est pas propre à la France, mais se retrouve dans bien d’autres pays. Nous collaborons avec l’Angleterre, l’Espagne et les Pays-Bas, pays avec lesquels une Journée d’étude est en projet ».
 

[style1;Vous co-organisez la Journée d’études Genres et urbanités le 22 janvier prochain. Quels aspects thématiques y seront abordés ?]
« Co-organisée avec Emmanuelle Faure de l’université Paris Ouest Nanterre La Défense (LADYSS - UMR7533), Edna Hernandez de l’université de Bretagne Occidentale (Institut Géoarchitecture EA2219), et Corinne Luxembourg de l’université d’Artois (DISCONTINUITES EA2468), cette journée a lieu en partenariat avec la Maison des Sciences de l’Homme Paris-Nord. Réunissant des chercheurs Européens, l’approche se veut interdisciplinaire mêlant sociologues, urbanistes, historiens, géographes. J’en assurerai l’introduction avant d’aborder les deux thématiques : « Le genre dans l’imaginaire et la construction de la ville contemporaine » ; « Genre et espace public ».
Propre à la ville de Gennevilliers, ancienne commune industrielle, ce projet est soutenu par la Mairie qui a débloqué une subvention. La commune est en attente des conclusions de cette Journée d’études qui pourront inspirer des préconisations.
Il s’agit de la deuxième Journée d’études organisée dans le cadre de ce projet de recherche, après celle de l’an dernier portant sur la thématique Femmes et politiques urbaines ». 
Informations complémentaires
En savoir plus
> Consulter le site du CEMOTEV
*Journée d’étude Genres et urbanités le 22 janvier 2016. Entrée libre, inscription obligatoire.
> Télécharger le programme
> Consulter l’agenda
Ouvrage de référence : Les murs invisibles. Femmes, genre et géographie sociale, G. Di Meo
Crédit photo : UVSQ

Contact
Annelise Gounon-Pesquet annelise.gounon-pesquet@uvsq.fr
Chargée de communication scientifique à la Direction de la Recherche