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Elle explore les stéréotypes

Olivia Samuel | SOCIOLOGIE-ÉCONOMIE

le 1 octobre 2016

La socialisation de genre construite durant l’enfance aurait des répercussions sur le rapport que les hommes et les femmes entretiennent avec leur corps et avec le système de santé en général.


Telle est l’hypothèse sur laquelle le laboratoire Printemps (Professions, institutions, temporalités ) de l’UVSQ planche au sein de l’enquête statistique sur l'enfance “Elfe”. Totalement inédite en France, cette étude longitudinale, pilotée par l’Inserm (Institut national de la santé et de la recherche médicale) et l’Ined (Institut national d’études démographiques), a pour ambition de suivre sur vingt ans un échantillon de 18 300 familles ayant eu un enfant en 2011. L’objectif ? Comprendre l’impact des facteurs familiaux, sociaux, environnementaux, scolaires, sanitaires ou nutritionnels sur le développement global de l’enfant. « Les enquêtes de santé montrent, par exemple, que si les femmes ont une espérance de vie plus longue que les hommes, elles déclarent davantage de problèmes de santé. Notre objectif est de comprendre comment se construisent ces différences et quel est l’impact de la socialisation de genre dans ce processus », précise Olivia Samuel, enseignante-chercheuse et responsable de l’équipe « Corps, santé, genre » au Printemps. Sans surprise, les premiers résultats de l’enquête montrent que les soins de puériculture (bain, alimentation, soins corporels) sont prodigués en général par la mère quel que soit le sexe de l’enfant. « Cela peut apparaître comme une évidence. Ce qui l’est moins c’est l’impact de cette division sexuée du travail parental sur l’enfant, souligne Olivia Samuel. Au fil du temps, l’enfant intériorise que c’est sa mère, donc une femme, qui prodigue les soins. Il va incorporer cette norme et par phénomène d’imitation la reproduire, même s’il n’y a rien de systématique dans ce mécanisme. »

Une offre commerciale sexuée

En complément de l’enquête Elfe, l’équipe d’Olivia Samuel a mené une série d’entretiens qualitatifs exploratoires auprès de dix-sept couples, parents d’un deuxième enfant né entre fin 2010 et 2012. Et ces familles n’échappent pas aux stéréotypes dans une société qui pourtant promeut l’égalité. « Nous avons observé un processus de sexuation, c’est-à-dire le fait d’assigner des rôles et des identités aux enfants selon leur sexe, dès la grossesse. Les futurs parents ont besoin de connaître très tôt l’identité de genre de leur enfant, par curiosité et pour se préparer à leur rôle de parents. Plusieurs hommes nous ont ainsi confié s’être sentis pères au moment où ils ont connu le sexe de leur enfant. » Un phénomène qui est entretenu par une offre commerciale (jouets, vêtements) elle aussi très sexuée. « Le corps médical, en proposant systématiquement de connaître le sexe de l’enfant renforce cette demande sociale. Ce qui n’est pas le cas en Suède par exemple, où cette information n’est pas diffusée auprès des parents. »