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Il lutte contre le sida en Afrique

Bertran Auvert | SANTÉ

le 1 octobre 2016

Réduire le taux d’infection par le VIH en Afrique grâce à la circoncision masculine:

l’idée était loin de faire l’unanimité au début des années 2000. « Les réticences étaient nombreuses au sein de la communauté scientifique, notamment en France. Pour beaucoup, la circoncision allait engendrer des comportements sexuels débridés, l’abandon du préservatif et favoriser au contraire la propagation du virus », relate Bertran Auvert, professeur de santé publique à l’UVSQ, chercheur à l’Inserm et praticien hospitalier à l’hôpital Ambroise Paré de Boulogne Billancourt. Pour démontrer l’efficacité de cette méthode ancestrale comme remède anti-VIH chez les hommes, l’enseignant- chercheur entreprend une série d’études. La première est menée en 2000 dans quatre villes africaines (deux présentant un taux de VIH élevé et deux autres un taux faible) et révèle l’hétérogénéité de l’épidémie sur le continent ainsi que la corrélation positive entre un taux de circoncision élevé et un taux d’infection bas. Un essai randomisé en 2005 conduit en Afrique du Sud sur un échantillon de plus de trois mille sujets apporte la preuve scientifique des observations réalisées cinq ans auparavant. Fort de ses résultats et appuyé par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) et le programme commun des Nations Unies sur le VIH/Sida (Onusid), Bertran Auvert orchestre, entre 2008 et 2010, une campagne de circoncision dans le bidonville Orange Farm en Afrique du Sud. Sur place, l’équipe sensibilise les 50 000 hommes recensés. « On a fait du porte-à-porte, distribué des flyers sur les marchés, participé à des émissions de radio », se souvient-il.

Campagne de proximité

Toutes générations confondues, le message a été globalement entendu puisque le taux de circoncision a atteint les 53% contre 9,5% au début de la campagne. Ce qui a engendré une réduction du virus de 48%. Pour convaincre les plus réticents, le professeur Auvert a entamé, ensuite, une seconde campagne, dite de proximité. « Nous allons à la rencontre des hommes de façon individuelle à leur domicile. Il est également prévu de les indemniser pour les deux jours nécessaires à l’intervention chirurgicale et à ses suites », souligne-t-il. La méthode fonctionne puisque sur un échantillon prélevé de façon aléatoire, le taux de circoncision masculine s’élève désormais à plus de 80% dans le bidonville. Et ce n’est pas tout. Suite à ces travaux pionniers, la circoncision s’est généralisée dans toute l’Afrique australe et de l’Est pour réduire l’épidémie à VIH. Ainsi, plus de 10 millions de circoncisions ont été effectuées depuis 2010 avec un financement des États-Unis de plus de deux milliards de dollars, prévenant plusieurs centaines de milliers d’infection au VIH.