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PATRIMOINE
Le campus de Versailles,
propriété Panhard : Evocation au fil du temps...
Le
terrain sur lequel sont implantés les bâtiments de l'Université
à Versailles et plus particulièrement au 45 de l'Avenue des
Etats-Unis, a appartenu de la fin du XIXème siècle au milieu
du XXème siècle à la famille Panhard, célèbre
industriel.
La propriété,
telle que nous la connaissons, située au pied de la "butte de Picardie"
représente un lambeau de l'ancien parc de Clagny. Plantée
d'arbres, dont certains sont vieux de près de deux siècles,
la propriété a subi les effets désastreux de la tempête
du 26 Décembre dernier. Afin de mieux situer le cadre de vie dans
lequel vécurent les Panhard, nous ferons un bref rappel historique
sur le parc de Clagny.
Le parc de Clagny
Dans le parc de Clagny s'élevait
au 17ème et 18ème siècles un château. Il était
situé au Sud-Ouest de la propriété, à 900
mètres environ à vol d'oiseau. Sa façade principale
s'élevait à la hauteur du n°76 du Boulevard de la Reine.
Louis XIV avait acheté le terrain à l'hôpital des
Incurables de Paris en 1665. Il y avait fait construire le château
sur les plans de Mansart et dessiner les jardins par Le Nôtre. En
1685 il en fit don à Madame de Montespan. Compromise, comme on
le sait, dans l'affaire des Poisons puis délaissée pour
Madame de Maintenon, elle y demeura de moins en moins pour ne plus y paraître.
A sa mort en 1707, son fils, le duc du Maine, puis son petit fils, le
prince de Dombes, en héritèrent. Le château revint
à la couronne, sous Louis XV, en 1766.
Le château de Clagny
Sans entretien, le château
de Clagny, qui ne coûta pas moins de deux millions de livres et
occupa près de 1200 ouvriers, aux dires de Madame de Sévigné,
commença à se dégrader sous l'effet des dégats
causés par l'humidité du terrain environnant. En 1734 à
la suite d'une épidémie de fièvre paludéenne,
dans le quartier Notre-Dame, on décida d'assécher l'étang
du parc, puis de le remblayer en 1736. Resté pratiquement inoccupé
pendant près de quarante ans, le château disparut à
son tour. Il fut livré en 1769, par adjudication, à la démolition
(destructions figurées à l'époque par le peintre
P.A. de Machy aux Salons de 1773-1775 et 1785, oeuvres depuis disparues).
Ses pierres furent réemployées dans la construction du couvent
des Ursulines (édifié de 1767 à 1772) devenu par
la suite le Lycée Hoche. Ainsi, avant que ne s'acheva le règne
de Louis XV, il ne restait plus rien du splendide château et de
la première oeuvre de Mansart.
Transformations
Après la démolition
du château, quelques habitations s'édifièrent dans le
parc de Clagny (1). L'un des premiers changements dans la configuration
du parc fut le percement du boulevard de la Reine en 1772, suivi en 1779
du percement de l'avenue de Picardie, devenue l'avenue des Etats-Unis. C'est
au Second Empire, vers 1857, que le parc de Clagny vit sa transformation
radicale avec le percement de nouvelles rues et la construction de nombreuses
habitations jusqu'aux abords de la propriété. Les quelques
parcelles boisées restantes dûrent à nouveau, vraisemblablement,
payer leur tribut en 1871 au titre des réquisitions. En effet, l'armée
prussienne, cantonnée dans Versailles, organisa sa défense
par l'édification d'une troisième ligne d'abattis proche du
site: ceci après la sanglante journée du 19 Janvier de la
redoute de Montretout, poste avancé au pied du Mont Valérien,
évènement qui mit fin au siège de Paris (2).
D'après le cadastre de
1813, établi sous l'Administration du Comte de Gavre (3), les limites
de la future propriété Panhard sont déjà fixées
par l'emprise des parcelles 25 à 44. Les limites Ouest et Sud-Ouest
sont marquées par l'indication d'un fossé dont on devrait,
en toute logique, retrouver en stratigraphie son existence en profondeur,
ce au moins sur la moitié de sa section.
Des pépinières
semblent occuper certaines parcelles. Quelques petites constructions paraissent
exister en limite Est, soit en bordure du " chemin des 2 moulins " tel qu'il
est nommé sur le plan de 1900 (dressé par le géomètre
Bieuville)(4). Ce chemin élargi, depuis cette époque, représente
de nos jours la rue du général Pershing (5).
Le pavillon Panhard
C'est sur un plan de 1889 que
l'on voit apparaître le pavillon dit " Le château " petite
construction, de style fin du XIXème siècle. René
Panhard (1841-1908) le fit construire lorsqu'il eut acquis la propriété,
fortune faite, en 1888. La propriété de près de 11
hectares, appelée plus tardivement (?) "Le Ranelagh" (6), fut achetée
pour la somme de 100 000 francs, de l'époque, au profit de ses
deux enfants mineurs (ratification de l'acte en 1892 et 1898). La propriété
fut occupée par la famille de René Panhard, puis par ses
descendants jusqu'en 1952. Elle abrita à partir de 1962 l'Ecole
Normale d'Instituteurs (devenue de nos jours l'IUFM (7)), le Rectorat
et l'Inspection Académique. Propriété du Conseil
Général du département des Yvelines, c'est en 1986
qu'une antenne de l'Université de Paris VI s'y implanta pour devenir
l'Université de Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines en juillet
1991.
Aujourd'hui
Le pavillon domine le site
en bordure de la pelouse, nous pouvons le contempler avec une certaine
nostalgie passéiste (8). Un cratère en fonte placé
au voisinage d'un petit bassin aménagé, cinq cratères
sculptés dans du grès posés chacun sur un socle en
pierre de taille au long de la façade arrière du pavillon,
sont les seuls éléments décoratifs subsistant dans
cette propriété avec les deux statues également sculptées
dans du grès. Ces éléments décoratifs étaient,
semble-t-il, plus nombreux comme l'indique la présence de deux
autres éléments de socle (utilisés comme borne...).
L'une des statues qui représente Diane chasseresse est placée
auprès de la grotte artificielle construite en blocs de grès
et de meulière, à l'extrémité la plus étroite
du petit bassin, à l'ombre du feuillage des arbres, nobles reliques
d'un plus vaste bosquet. L'autre, au milieu de la pelouse, est inspirée
du Moïse de Michel-Ange. Celle-ci résiste mal aux atteintes
de la pollution, auprès de laquelle se dressait encore à
Noël dernier un magnifique if (taxus baccata) de 120 ans environ
(révélés par le comptage des cernes de croissance);
un autre d'ailleurs subsiste à l'entrée actuelle du campus.
Un majestueux cèdre du Liban de 135 ans(9), d'un diamètre
de 1,33 mètre ajoutait au charme de l'ensemble ornemental. Planté
donc vers la fin du Second-Empire, il subit hélas le même
sort que celui de ses vénérables congénères
du Lycée Hoche.
Témoins archéologiques
d'un passé lointain ou plus proche: deux fragments de poterie gisaient
au pied du cèdre, écroulés de la souche. L'un représente
le col d'un pichet en grès du Beauvaisis datable du XVIIème
siècle, ce qui confirme l'ancienneté du site. Ce tesson
étant pris dans une gangue de terre glaiseuse de couleur verte,
cela peut signifier qu'il reposait sur le sol géologique(10). L'autre
tesson en faïence blanche à col noir appartient à un...
"pot de chambre" du XIXème siècle(11).
Une quarantaine d'arbres (chênes
et châtaigniers) ont été abattus par la tempête,
parmi lesquels, le plus noble de tous et le plus ancien, se trouvait un
chêne de près de 190/195 ans, de 0,81 mètre de diamètre,
planté à l'extrémité Nord-Ouest de la propriété.
Ce chêne a donc dû être planté ou se reproduire
par simple regénération du sous-bois aux alentours de l'année
1805. Peut-être a-t-il été planté pour la circonstance
aux lendemains d'Austerlitz. Il en demeure un certain nombre qui doivent
atteindre déjà un âge respectable. Trois séquoias
importés de Californie ont heureusement échappé à
la catastrophe climatique de cette fin de millénaire. Les souches
en place de trois autres séquoias foudroyés vers 1995 ont
montré qu'ils atteignaient les 120 ans. Le respect que nous portons
à ce patrimoine ne peut qu'inciter au maintien de son environnement.
Notes
Je remercie mes collègues
Mme M. de Bargues, M. F. Lassner, messieurs J.L. Gueilhers, S. Poma, P.
Peltier pour leur aimable contribution.
(1) L'acquisition des parcelles
se faisait sur simple présentation, au Roi, d'un plan reproduisant
l'emplacement désiré; celle-ci datant de 1836.
(2) Notre arrière grand-père
paternel Charles Léon Simon fait allusion à cet évènement
dans son " Carnet de route d'un moblot pendant le siège de Paris
-du 23 septembre 1870 au 29 Janvier 1871 ", à paraître.
(3) Sections A, B, C du cadastre
(1813) consulté à l'Hôtel des Impôts.
(4) Les moulins sont indiqués
à une centaine de mètres de la limite nord de la propriété.
(5) Sur ce même cadastre
on y observe entre autres à proximité: le " Bassin des eaux
de Marly", correspondant à l'actuel Parking de l'Université
dit, Parking du Réservoir de Picardie d'appellation récente;
ainsi qu'un pavillon situé à quelques mètres de la
" barrière de Saint-Cloud ". Celui-ci exproprié en 1828 fait
place en 1841 à la construction des pavillons d'octroi (cf. plan
Archives communales Série O 6,26) encore en l'état en 1889
(Plan 1889, Bieuville Série S n°152). Les bâtiments d'octroi
furent démolis beaucoup plus tard.
(6) Ranelagh, du nom d'un riche
Lord anglais du 18ème siècle, grand amateur de botanique et
de beaux jardins.
(7) Déjà, vers
1955, le Pavillon Panhard servait de dortoir aux élèves de
l'École Normale des Instituteurs du boulevard de Lesseps, bâtiment
occupé de nos jours par le Rectorat. Le Professeur A. Tezé,
élève à l'époque et récemment retraité
y passa d'ailleurs quelques années aux hivers rigoureux...(8) Il
ressemble assez à la construction qui subsiste au n°29 de la
rue des Etats-Unis; cette construction lui est certainement contemporaine.
(9) Il a d'ailleurs pu être
replanté quelques années plus tard à cet emplacement.
Un examen plus poussé de l'échantillon devrait permettre d'obtenir
une meilleure approche.
(10) La couche de glaise appartient
à l'étage du Stampien supérieur (Tertiaire). Il est
recouvert, au sommet du site, par la meulière de Montmorency qui
forme la butte de Picardie.
(11) Détermination Y.
Barrat du S.A.D.Y (Service archéologique départemental des
Yvelines).
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