Le développement des sciences conduit aujourd’hui à des
travaux de recherche technologique plus importants en masse que ceux dédiés à la
recherche dénommée théorique. Et si cette dernière
peut largement se faire avec le seul appui d’ordinateurs, la première
exige des moyens expérimentaux de plus en plus complexes, sophistiqués
et onéreux.
La recherche en robotique est un bel exemple de ce phénomène,
car, par définition, un robot est un objet matériel technologique,
et les simulations sur ordinateurs ne peuvent qu’aider à la conception
de cet objet. Outre leurs imperfections, elles ne servent à rien si
l’objet n’est jamais construit. Cette construction exige un savoir-faire
de réalisateur et coûte fort cher. En France, on peut considérer
que pratiquement aucun laboratoire de recherche publique dans le domaine n’arrive à se
doter des moyens financiers correspondant à ses compétences et à ses
ambitions. Ce problème peut trouver une solution dans le regroupement
de forces autour de plate-formes expérimentales et dans la coopération
internationale. C’est la stratégie que semble suivre depuis quelques
années le DSTIC du CNRS qui a lancé des réseaux thématiques
programmés, les RTP, dont le RTP 17 consacré à la robotique,
et en encourageant la création de laboratoires internationaux associés
( LIA) aux compétences et moyens complémentaires.
Le JRL est un LIA créé par un contrat signé pour une période
de quatre années le 8 décembre 2003 entre l’AIST japonaise
( Institut National de la Science et des Technologies Industrielles Avancées)
et le CNRS. La recherche qui y est développée a trait principalement
aux robots humanoïdes. L’intérêt d’une telle
association entre deux groupes qui collaborent déjà depuis longtemps
dans d’autres domaines de la robotique provient de leur complémentarité,
la partie japonaise ayant construit plusieurs robots humanoïdes alors
que la partie française s’est plus attachée aux capacités
comportementales et mentales de ces robots qu’elle n’a pas les
moyens de fabriquer. Ainsi, en principe, les deux parties seront gagnantes
dans leur association.
Le JRL est implanté en deux lieux : d’une part au sein de l’Intelligent
Systems Institute de l’AIST à Tsukuba, et d’autre part au
sein du Laboratoire de Robotique de Versailles (LRV), FRE2659 du CNRS et laboratoire
de l’UVSQ situé dans le Centre Universitaire Technologique de
Vélizy. Chacun des groupes se doit d’être franco-japonais.
Quatre postdocs et deux chercheurs français sont ainsi à Tsukuba
depuis novembre 2003 et deux chercheurs japonais arriveront au LRV dans le
premier trimestre 2004. Un simulateur mis à la disposition de la partie
française par les japonais est déjà en place à Vélizy.
Et un humanoïde de type HRP ( 1,54 mètre, 58 kilos avec ses batteries)
a été l’objet d’une promesse de financement par le
CNRS (400.000 euros) pour initier la plateforme du JRL au LRV ( plate-forme
faisant partie du RTP 17). Il devrait être livré dans le courant
de l’année 2004.
Les principaux thèmes de recherche programmés autour des humanoïdes
concernent : la perception et la compréhension de l’environnement,
les différents modes de locomotion, la coopération homme-robot
et robot-robot, enfin les architectures de contrôle/commande pour la
prise de décision.
Le JRL est le second laboratoire créé par le CNRS avec le Japon,
le premier étant le LIMMS lancé en 1992 et qui est dédié à la
microélectronique et aux microsystèmes. (Le LIMMS n’a pas
d’équipe en France ; il est situé à Tokyo dans l’université des
sciences industrielles.)
Des créations comme le JRL sont porteuses d’impacts intéressants à plus
d’un titre puisqu’il apparaît comme probable que les robots
envahiront un jour le monde. Mais le bon fonctionnement de ce type de laboratoire
soulève le problème de la constance et de la régularité des
soutiens des autorités surtout dans les années de démarrage,
avant que le laboratoire puisse générer par lui-même des
ressources significatives. En effet le déséquilibre entre les
moyens disponibles mobilisables par la partie japonaise et ceux que décide
ou peut y mettre la partie française est considérable. Or, le
JRL est basé sur une équipartition des financements par les deux
parties.
La création du JRL semble aussi arriver à point nommé pour
conforter l’UVSQ en matière de développement technologique.
En effet, il s’insère utilement dans le projet de pôle mécatronique
de Mantes via le LRV qui lui-même devrait s’associer au LIRIS et
au pôle de Mantes pour devenir une UMR. Une base d’envergure en
recherche prend ainsi forme permettant d’asseoir la qualité des
enseignements, entre autres, de l’ISTY et des IUT de Mantes et de Vélizy. Du point de vue de la qualité scientifique de ce laboratoire
et de celle des relations entre Japonais et Français nous
ne nourrissons aucune inquiétude. Il n’en est pas
de même au sujet de la réalisation des promesses de
financement côté français, qui, si elles n’étaient
tenues, conduiraient à la disparition précoce de
ce laboratoire, au moins en ce qui concerne la partie située à l’UVSQ.
Philippe Coiffet, Chargé de mission du CNRS pour la création
du JRL et directeur du LRV
Pierre Blazévic, Directeur du JRL France et directeur-adjoint
du LRV
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