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Conférence débat sur l’euthanasie
 
Le 11 mars dernier s’est tenue une conférence-débat sur l’euthanasie avec le Docteur Jean Cohen, Président de l’Association « pour le Droit de Mourir dans la Dignité » (ADMD) et Jean Michaud, ancien Conseiller à la cour de cassation et membre du Comité national d’éthique. La conférence était animée par Jean-Louis Serre, Professeur de Génétique et Nadège Reboul, Maître de conférences en Droit privé.

Jean-Louis Serre a ouvert la conférence en faisant remarquer que, depuis un an, une série de conférences sur des questions médicales et éthiques sur le début de la vie s’étaient succédé à l’UVSQ. Cette fois-ci il s’agissait de « l’autre extrémité » : la fin de vie et le contrôle de fin de vie, une question qui, au milieu des valeurs de notre société, pose le problème de la transgression : transgression de la vie dès qu’on la touche, que ce soit à son émergence ou à sa fin.
Chacun des deux invités ont donc présenté leur point de vue avant de laisser place au débat.

Deux points de vue sur la question de l’euthanasie :

 

Pour se prononcer sur ce grave problème, il convient de prendre conscience de deux situations, l’une de fait l’autre de droit.
En fait l’euthanasie se pratique en France de façon plus ou moins clandestine. Les juridictions n’ont que très rarement à en connaître. En effet, la famille du patient, généralement consultée et consentante à l’acte, ne porte pas plainte. Par ailleurs les parquets ne poursuivent pas d’office, compte tenu des faibles résultats obtenus en termes de répression.
En droit, le mot euthanasie ne figure pas dans les textes ; l’acte constitue un homicide volontaire : meurtre ou assassinat. Ce sont les qualifications qu’on applique aussi par exemple aux auteurs d’un hold-up se terminant par mort d’homme. Quelle énorme différence entre le truand qui agit par cupidité ou violence et le médecin qui fait le geste d’euthanasie par souci de compassion ! Ces considérations pourraient conduire à un souhait de texte législatif qui consisterait à dépénaliser totalement l’euthanasie ou à créer une infraction spéciale mais la difficulté de légiférer en la matière est grande. Il conviendrait en effet de prendre en compte les cas multiples pour traiter tous ceux qui sont susceptibles de se poser. Mais l’objection déterminante traduit l’impossibilité dans notre état de droit d’admettre, fût-ce dans un cas particulier, la possibilité de donner la mort. Ce principe fondamental se trouve renforcé par l’article 16-3 du Code Civil qui dit « qu’il ne peut être porté atteinte à l’intégrité du corps humain qu’en cas de nécessité médicale pour la personne » et par l’article 38 du Code de Déontologie, s’agissant du médecin : « il n’a pas le droit de provoquer délibérément la mort. »
Cette position est aussi celle du Comité Consultatif National d’Ethique dans ses avis de 1991 et du 27 janvier 2000. Le Comité a posé trois principes : refus de l’acharnement thérapeutique, développement des soins palliatifs, refus de la pénalisation.
Ceci étant, il n’a pas éludé les situations extrêmes en faisant appel à la plus grande compréhension possible qui toutefois ne vaut pas totale justification du geste.

Jean Michaud
Ancien Magistrat à la Cour de cassation
Membre du Comité National d’éthique

Chacun de nous sait que la mort fait partie de la vie. Elle est inscrite dans la vie. « La vie est une maladie mortelle, sexuellement transmissible » (Woody Allen). Je suis un médecin habitué à donner la vie, au terme d’une grossesse ou même avant l’implantation de l’embryon. Et c’est précisément pour cela que je considère que la fin de vie me concerne. Je parle ici de l’aide à mourir dans la liberté et la dignité pour les hommes et femmes atteints d’une affection incurable.

Aujourd’hui le terme euthanasie désigne l’acte de provoquer la mort par compassion à l’égard d’un malade incurable pour mettre fin à ses souffrances ou à l’égard d’un nouveau-né gravement mal formé.
En 1974, l’Anglais George Thompson, l’Américain Lirius Pauling et le Français Jacques Monod, tous trois prix Nobel, signent une déclaration en faveur de « l’euthanasie humanitaire », c’est-à-dire « une mort rapide, sans douleur et considérée comme un bienfait par l’intéressé ».
Une loi a été votée en 2001 aux Pays-Bas et en 2002 en Belgique. L’euthanasie n’est plus punissable dans certaines conditions. La dépénalisation vise à faire en sorte que le médecin qui a fait preuve dans ses actes de toute la rigueur requise dans les conditions fixées par la loi ne soit plus incriminé et puisse reconnaître en toute transparence qu’il a pratiqué l’euthanasie.
La Suisse offre la possibilité de recourir au suicide médicalement assisté.
En France, nous savons que l’euthanasie est pratiquée sans le dire. Récemment un questionnaire adressé aux médecins français a indiqué que 70 % des médecins qui ont répondu considéraient que leur approche de fin de vie serait facilitée si une loi de dépénalisation était votée.
Si les lois évoluent depuis quelques décennies, c’est en raison de la reconnaissance d’un certain nombre de principes qui sont les nôtres : la liberté, l’autonomie, la dignité et l’égalité :
Personne ne doit édicter des règles attentatoires à la liberté d’un individu.
Le principe d’autonomie exige que tout acte entraînant des conséquences pour autrui soit subordonné au consentement de la personne impliquée. Ce principe permet de bâtir une éthique qui favorise la coexistence pacifique de personnes dont les croyances et les valeurs sont différentes.
Protéger la dignité de la personne humaine, c’est opposer à tout ce qui porte atteinte de manière délibérée à propos de notre corps, à notre esprit, à notre liberté.
Le principe de liberté sur lequel reposent les bases de notre société reconnaît à chacun des droits égaux. Or, l’actuelle clandestinité, l’inégalité des situations en fonction de la bonne ou mauvaise volonté des soignants, l’absence de loi créent une inégalité devant la fin de vie… qui ne profite évidemment qu’à ceux qui ont dans leurs relations un médecin compréhensif ou bien qui ont la chance de le rencontrer en fin de vie.
Choisir sa mort, c’est le dernier acte de liberté d’un être humain. Mais les textes législatifs permettent encore de contester ce droit. Aujourd’hui, le choix n’existe pas… sauf pour ceux qui ont la chance de connaître un médecin ou un service médical bienveillant. Nous voulons que la loi exprime le possible dans la transparence en respectant le droit de chacun.
La modification de la loi française est donc nécessaire. Plusieurs projets ont été déposés au parlement au cours des législatures. Le débat n’a jamais eu lieu. En 2003, une mission parlementaire a été créée qui devrait proposer des solutions avant l’été 2004.
Pour nous, il ne s’agit pas d’un choix entre la vie et la mort. C’est un choix entre deux façons de mourir.

Jean Cohen
Docteur en gynécologie
Président de l’Association « pour la Droit de Mourir dans la Dignité » (ADMD)
(Directeur du centre de stérilité à l’hôpital de Sèvres,
Membre fondateur du Mouvement Français pour le Planning familial)

 

 
 
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