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| Le suicide
cellulaire : un phénomène clé du vivant
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L'étude
de la mort cellulaire physiologique ou apoptose constitue l'un
des axes de recherche du Laboratoire de Génétique
et Biologie Cellulaire (LGBC) de l'Université de Versailles-Saint-Quentin-en-Yvelines.
La disparition de structures transitoires au cours du développement
a été décrite dès l’antiquité par
Galien et les premières observations de mort cellulaire
datent du milieu du XIXe siècle. Toutefois, ce n'est qu'à la
fin du XXe siècle que s'est imposée l'évidence
du rôle physiologique de la mort cellulaire non seulement
au cours du développement, mais également dans le
contrôle de la taille des tissus et dans l'élimination
des cellules infectées ou endommagées.
Une illustration du rôle central de la mort cellulaire
se trouve dans le fait qu'un défaut dans la régulation
du programme de mort cellulaire est à l'origine de diverses
pathologies. Ainsi une activation anormale du programme de mort
est impliquée dans certaines maladies neurodégénératives
(Alzeihmer et Parkinson), hépatiques ou encore dans le SIDA
qui résulte d'une destruction massive de certains lymphocytes.
Inversement, une inhibition de la mort est responsable de certaines
maladies auto-immunes, des infections virales et l'apparition de
cancers. |
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Induction du suicide : une
stratégie cellulaire pour lutter contre le cancer …
Le suicide cellulaire est le véritable rempart de nos corps contre le
développement de cancers.
Le contrôle de la taille des populations cellulaires (tissus) repose
sur l'existence d'une balance très fine entre les phénomènes
de prolifération et d'apoptose. Ainsi, l'apparition d'une mutation oncogénique,
c'est-à-dire qui favorise une multiplication inappropriée de
la cellule qui la porte, s'accompagne le plus souvent de l'activation d'un
programme de mort permettant son élimination. On l'aura compris, la
combinaison d'une mutation oncogénique et d'un défaut dans l'induction
du processus de mort constituera un moment critique de la progression tumorale.
La protéine p53 est un acteur clé de ces mécanismes d'inhibition
de la cancérogenèse, qu'illustre parfaitement, a contrario, le
fait que cette protéine soit inactive dans la quasi-totalité des
cancers humains. En effet, la forme normale, active, de cette protéine
empêche la survie des cellules présentant des altérations
génétiques ou se multipliant de manière inopportune, c'est-à-dire
des cellules que l'on peut qualifier de précancéreuses. Nous
pouvons donc comprendre pourquoi le développement d'une tumeur nécessite
l'apparition de mutation conduisant à une perte de fonction de la protéine
p53. Cette inactivation de la protéine p53 aura non seulement pour conséquence
de favoriser l'oncogenèse, mais elle compromettra également l'efficacité des
traitements qui reposent sur la possibilité d'induire l'apoptose par
chimiothérapie.
L'étude des modes d'action de la protéine p53 constitue l'un
des thèmes de recherche du groupe "Déterminisme du Devenir
Cellulaire" dirigé par Jean-Luc Vayssière au sein du LGBC.
Nous avons récemment décrit une nouvelle voie d'induction de
l'apoptose par la protéine p53, c'est-à-dire une nouvelle cascade
d'événements intracellulaires par laquelle la protéine
p53 peut conduire une cellule à mourir (1). Ces travaux mettent également
en évidence la possibilité de réactiver une protéine
p53 normale mais incapable d'agir en raison de l'altération d'un composant
de la voie classique d'apoptose induite par p53. Cette découverte ouvre
de nouvelles perspectives dans la thérapie des cancers humains dans
lesquels le gène p53 est normal et qui sont néanmoins résistants à l'apoptose
induite par p53 (ex : mélanomes).
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Blocage du suicide cellulaire
: une stratégie virale pour persister dans l’organisme…
L’apoptose est un processus qui peut aussi intervenir lors d’infections
virales. Au sein du LGBC, le groupe "Réponses cellulaires" dirigé par
Jean-Michel Rossignol s’intéresse notamment au virus de l’hépatite
B et plus précisément au rôle d’une protéine
virale spécifique, nommée P22, dans le maintien du virus dans les
cellules hépatiques (hépatite chronique). En effet, le VHB est
la cause, dans 80 % des cas, de troubles hépatiques bénins se terminant
par une élimination complète du virus dans l’organisme. Néanmoins,
le VHB a la capacité, dans 20 % des cas, de ne pas être éliminé par
le système de défense immunitaire du patient et ainsi de persister
dans l’organisme. Ce mécanisme de persistance dans le foie du patient
est à la base de nombreux désordres cellulaires comme le cancer
du foie ou la cirrhose. Notre équipe a récemment montré (2)
que P22 interagit spécifiquement avec une protéine de la cellule
infectée, nommée gC1qR, qui peut s’associer à différentes
protéines virales appartenant toutes à des virus provoquant une
infection persistante (virus du SIDA, de l'hépatite C humaine, de l'herpès
ou de la rubéole). De récents travaux effectués dans notre
laboratoire sur des cellules non infectées montrent que gC1qR pourrait
avoir un rôle dans la régulation du processus d'apoptose. Dans le
cadre de l'hépatite B, nos travaux nous ont conduit à émettre
l’hypothèse que le virus, via la protéine gC1qR, pourrait
inhiber l’apoptose et ainsi maintenir la cellule infectée en vie,
dans le but de persister au sein des cellules hépatiques. Ces études
pourraient ouvrir une nouvelle voie de recherche pour la lutte contre l’hépatite
B qui reste, à ce jour, un problème majeur de santé publique. |
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Nelly GODEFROY et Sébastien LAINE
Contact : godefroy@genetique.uvsq.fr
sela@genetique.uvsq.fr
NOTES :
1. Godefroy N., Lemaire C., Renaud F., Rincheval
V., Perez S., Ioana Parvu-Ferecatu, Mignotte B. and Vayssière
J.L. (2004) p53 can promote mitochondria- and caspase-independent
apoptosis.
Cell Death Differ. Sous presse
2. Laine S, Thouard A, Derancourt J, Kress M, Sitterlin D, Rossignol
J.M. (2003) In vitro and in vivo interactions between the hepatitis
B virus protein P22 and the cellular protein gC1qR.
J Virol. 77(23) : 12875-80.
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