Si
le domaine de Rosine Lallement est très international, elle
se définit comme un pur produit français : ancienne élève
de Classe préparatoire de l’Ecole Normale de Sèvres,
elle enseigne d’abord la Physique-Chimie dans le secondaire
avant de s’orienter progressivement vers la Recherche. Elle
passe sa thèse d’Astrophysique à 32 ans et rentre
au CNRS à 35 ans pour se consacrer définitivement à la
recherche. Depuis, elle poursuit sa carrière au sein du Service
d’Aéronomie de l’IPSL, à Verrières-le-Buisson.
L’équipe est petite, mais elle comporte des ramifications
avec l’étranger : les échanges avec d’autres équipes
venant du monde entier font partie du quotidien. Le travail s’effectue
en « réseau », notamment par le biais d’Internet.
Il arrive souvent que la chercheuse se déplace pour ses observations,
cela fut notamment le cas lorsqu’elle a réalisé -
avec des astronomes français et californiens - la cartographie
en trois dimensions du morceau de galaxie dans lequel se déplace
le soleil.
L’attribution de la médaille d’argent CNRS
vient récompenser l’originalité, la qualité et
l’importance de ses travaux de recherche.
Les recherches de la lauréate portent sur l’environnement
solaire : elle étudie, d’une part, le déplacement
du soleil dans la galaxie et son interaction avec les milieux traversés
et, d’autre part, les caractéristiques de la galaxie.
Enthousiaste et
passionnée, Rosine Lallement répond
volontiers lorsqu’on lui demande de nous détailler
ses travaux de recherche :
Nous faisons de la physique non simulable
en laboratoire. Le soleil, avec son cortège de planètes,
se déplace dans du gaz très ténu, le gaz galactique
répandu entre les étoiles,
dit gaz interstellaire. Cependant la terre, comme d’ailleurs
toutes les autres planètes, n’est pas enrobée
par ce gaz, car elle est trop proche d’une autre source de
gaz, plus intense, celui qui est émis par notre propre étoile
soleil dans toutes les directions, le vent solaire. C’est
lui qui nous entoure et que traversent les sondes spatiales. La
forte pression de ce vent solaire empêche la « brise
galactique » de nous atteindre, la refoule et l’oblige à contourner
le système solaire. Donc nous ne sommes pas directement
dans le gaz galactique, pour pouvoir l’atteindre et connaître
les propriétés et la physique du milieu interstellaire
une sonde doit être envoyée et aller suffisamment
loin pour quitter
l’atmosphère solaire et rentrer dans le milieu galactique.
La question est bien sûr : à quelle distance faut-il
l’envoyer ?
C’est sur ce point que nous avons travaillé avec
nos collègues russes et américains et la réponse
est : premiers effets attendus à environ 95 fois la distance
terre-soleil. Or, les sondes Voyager lancées en 1977 n’en
sont pas loin (90 au lieu de 95). Il y a eu cette année
des premières perturbations enregistrées transmises
par la plus éloignée des deux, nos derniers résultats
(qui vont être publiés dans la revue Science en Février)
contribuent à les expliquer. On peut prédire la suite
et quand, pour la première fois, une sonde venue de la terre
va vraiment voyager dans la galaxie en dehors du système
solaire, alors que jusqu’à présent ces sondes étaient
restées dans le vent solaire. Il est très intéressant
de savoir exactement ce qui va se passer, pour de futures sondes
plus performantes. Cette physique que l’on commence à comprendre
s’applique également à d’autres étoiles,
elle nous permet d’extrapoler à la galaxie dans son
ensemble…
Mais comment fait-on pour observer ces gaz, près du soleil
ou à des années-lumière ?
Nous observons au
sol à partir de télescopes et nous utilisons les
observatoires astronomiques spatiaux tels EUVE, Hubble, Soho, les
sondes Voyager, etc.
Sont-ils nombreux à étudier
l’héliosphère ?
Quelques centaines de personnes
dans le monde travaillent là-dessus, si on prend en compte
tous les aspects, ce qui en fait n’est pas beaucoup.
Habitée par cette curiosité qui caractérise
les chercheurs, Rosine Lallement a des projets d’études
d’interaction entre d’autres objets - soit des étoiles,
soit des nuages - avec le gaz qui les environne : Comment
interagissent-ils avec le milieu interstellaire ?
Un certain nombre de phénomènes
(détection de rayonnements ou de flux de particules) ne
sont pas encore élucidés. J’aimerais utiliser
ce que nous avons déjà appris localement avec le
soleil à d’autres échelles et pour d’autres
objets, afin d’éventuellement fournir des explications à ces
observations encore.
Raphaëlle Marcoin
Service Communication de l'UVSQ
communication@admin.uvsq.fr
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