Les proportions
de l'homme ne concernent qu'un passage relativement court (781
mots latins) dans le chapitre 1 du livre III, essentiellement les
paragraphes 2 et 3 dont nous citons les principales lignes concernées,
extraites du texte établi et traduit par Pierre Gros (Paris,
les belles lettres, 2003) :
§. 2 « La nature
a en effet ordonné le corps humain selon les normes suivantes
: le visage, depuis le menton jusqu'au sommet du front et à la
racine des cheveux vaut le dixième de sa hauteur, de même
que la main ouverte, depuis l'articulation du poignet jusqu'à l'extrémité du
majeur : la tête, depuis le menton jusqu'au sommet du crâne,
vaut un huitième ; du sommet de la poitrine mesuré à la
base du cou jusqu'à la racine des cheveux on compte un sixième
; du milieu de la poitrine au sommet du crâne, un quart. Quant
au visage, le tiers de sa hauteur se mesure de la base du menton à la
base du nez ; le nez, de la base des narines jusqu'au milieu de la
ligne des sourcils, en vaut autant ; de cette limite jusqu'à la
racine des cheveux on définit le front qui constitue ainsi
le troisième tiers. Le pied correspond à un sixième
de la hauteur du corps, l'avant-bras à un quart, ainsi que
la poitrine. Les autres membres ont également des proportions
spécifiques, qui les rendent commensurables entre eux.... »
§.3 « …Le centre du corps humain est en outre
par nature le nombril ; de fait, si l'on couche un homme sur le dos,
mains et jambes écartées, et qu'on pointe un compas
sur son nombril, on touchera tangentiellement, en décrivant
un cercle, l'extrémité des doigts de ses deux mains
et de ses orteils. Mais ce n'est pas tout : de même que la
figure de la circonférence se réalise dans le corps,
de même on y découvrira le schéma du carré.
Si en effet mesure est prise d'un homme depuis la plante des pieds
jusqu'au sommet de la tête et qu'on reporte cette mesures sur
la ligne définie par ses mains tendues, la largeur se trouvera être égale à la
hauteur, comme sur les aires carrées à l'équerre. »
La célébrité du dessin de Léonard de
Vinci est liée à la qualité extrême du
dessin par l'un des plus grands peintres de la renaissance ; à l'exactitude
du rendu des proportions suivant fidèlement le texte de Vitruve
dans la continuité d'une longue tradition gréco-romaine
; à l'inventivité d'un des plus puissants génies
de la visualisation créatrice de tous les temps ; à un
véritable esprit scientifique puisque Léonard de Vinci
est connu pour avoir pratiqué lui-même plusieurs dizaines
de dissections du corps humain, et de nombreuses coupes.
La synthèse des deux figures sur le même corps central
en ne dédoublant que les membres scapulaires (supérieurs)
et pelviens (inférieurs) dont le gauche est de profil pour
apprécier la longueur du pied et donner de l'assise à la
base, sont les derniers traits de génie qui font de cette
image une véritable icône. Elle est souvent utilisée
comme logo de congrès médicaux et à des entreprises,
souvent d'affiche et se retrouve volontiers en dessin détourné.
Enfin en 2003, le roman de Dan Brown : « Da Vinci code » où ce
dessin occupe une position clef, l'ancre à nouveau par la
littérature à grand tirage dans l'imaginaire collectif.
Il faut savoir gré à Léonard de Vinci de cristalliser
par son dessin l'Anatomie dans une dynamique de recherche et de l'asseoir
pour toujours dans le domaine scientifique.
Drs Patrice Le Floch-Prigent
Laboratoire d'Anatomie de l'UFR de Médecine Paris-Ile de France-ouest
45
rue des Saints Pères, 75270 Paris Cedex 06
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