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« Nous avions carte blanche pour recruter et enseigner »

Pierre Tripier, professeur de sociologie à l'UVSQ de 1991 à 2000. Cofondateur du département de sociologie et cocréateur avec Claude Dubar du laboratoire Printemps.

le 1 octobre 2016

Votre arrivée à l’UVSQ en 1991 a marqué le début d’un nouvel enseignement «dépoussiéré» de la sociologie, comment cette évolution pédagogique s’est-elle traduite?

Pierre Tripier : En 1990, plusieurs professeurs se sont réunis pour mettre au point une nouvelle façon d’enseigner la sociologie à l’université. La finalité était à la fois d’apprendre aux étudiants à combiner différentes méthodologies propres à l’enquête de terrain, et au-delà du diagnostic sociologique, de les former au conseil. Il se trouve que lors de la constitution de l’équipe du département de sociologie de l’UVSQ, j’ai pu recruter plusieurs enseignants-chercheurs, membres de ce groupe de travail et adeptes de ce programme innovant, comme Alain Chenu, Claude Dubar, Catherine Rollet ou Jean-Pierre Terrail. Ensemble, nous avons fait bouger les lignes. Cela s’est traduit dès la première année de licence par la suppression des cours sur les grands ancêtres de la sociologie, Marx et Durkheim, remplacés par des enquêtes sur le terrain. Les étudiants se confrontaient d’entrée à la réalité du métier et prenaient conscience qu’ils avaient fait le bon choix d’orientation ou qu’au contraire leur vocation n’était pas là.

Vous avez enseigné auparavant à Besançon et à Nanterre, pensez-vous qu’une telle modernisation des enseignements aurait pu être mise aussi facilement en oeuvre dans ces universités, comme ce fut le cas à l’UVSQ ?

P.T. : Il est clair que l’UVSQ nous a laissé carte blanche. Nous étions soutenus par Michel Garnier et bénéficiions de l’organisation de l’enseignement instaurée par Jean-François Lemettre. Sans oublier le programme Université 2000 et ses dotations sans précédent qui nous ont permis de créer un nouveau poste d’enseignant-chercheur chaque année pendant six ans. À cette période, il suffisait de demander des moyens humains ou matériels pour les obtenir !

En 1995, vous avez créé avec Claude Dubar le laboratoire Printemps qui est aujourd’hui une référence en sociologie. Les débuts, pourtant, ont été hésitants.

P.T. : J’avais recruté Claude Dubar car il avait dirigé, entre autres, à Lille-1 un laboratoire d’économie et de sociologie du travail très performant. C’est d’ailleurs lui qui a eu l’idée de l’appellation «Printemps» pour le laboratoire. Et quand nous l’avons lancé, nous avions décidé que le vendredi serait le jour où les étudiants, les doctorants et les professeurs se réuniraient pour discuter des séminaires et des travaux de recherche en cours. Les trois premiers vendredis : personne. C’était assez terrifiant ! Il a fallu toute notre volonté et notre ténacité - surtout celle de Claude Dubar - pour que finalement le fonctionnement se mette en place et que le laboratoire trouve son rythme de croisière.