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Elections américaines : 'Les jeux sont-ils faits ? Absolument pas.'

Les américains voteront le 6 novembre prochain pour élire leur futur président. À l'occasion des trois débats (3, 15 et 22 octobre), les deux candidats à la Maison-Blanche ont pu exposer leur programme et répondre aux questions de leurs concitoyens. Lauric Henneton, maître de conférences à l'Institut d'études culturelles et auteur de l'ouvrage Histoire religieuse des Etats-Unis, nous donne son analyse.

le 29 octobre 2012

publié lundi 29 octobre 2012
Le 3e et dernier débat de la campagne présidentielle américaine a eu lieu le lundi 22 octobre. À 2 semaines de l'élection, les jeux sont-ils faits ?

Absolument pas. Et c’est bien là la « surprise d’octobre ». Les sondages nationaux, qui ne veulent pas dire grand-chose, sont très contradictoires, certains donnant même à Mitt Romney plusieurs points d’avance sur Barack Obama. Cependant, quand on se penche sur les « swing states  »*, on constate qu’Obama garde une courte avance, notamment dans l’Ohio, dans le Wisconsin ou encore dans le Nevada. Il peut se permettre de perdre la Floride, la Virginie ou encore le Colorado, où il a pourtant longtemps été en tête. Son avance reste confortable dans le Michigan et en Pennsylvanie, mais moindre qu’on l’imaginait. Obama garde donc la corde, mais son avance est tout de même faible pour un président sortant. 

 En 2008, Barack Obama avait reçu un soutien particulier des américains. Les mots "espoir", "renouveau", "paix" ont été prononcés à maintes reprises. Face aux difficultés qu'il rencontre dernièrement pour convaincre les américains, en particulier lors du premier débat, peut-il encore compter sur ses anciens électeurs ?

La promesse du « changement » ou de la « rupture » est finalement assez prévisible, aux Etats-Unis et au-delà, comme les slogans des présidentielles françaises de 2007 et 2012 en témoignent. Parmi les électeurs d’Obama, beaucoup se sont laissé abuser par ce qui n’était, en définitive, que des promesses de campagne, des slogans. Certains ont vu en lui un nouveau Messie, un nouveau Moïse… L’épreuve de la réalité, du coup, a contribué à une désillusion aussi générale qu’attendue. Ainsi, on s’attend à une démobilisation, dont l’ampleur aura son importance, chez les jeunes, chez les Noirs, chez les évangéliques plus progressistes que conservateurs. Certains déçus d’Obama voteront Romney, d’autres ne voteront pas du tout – l’abstention est toujours très forte aux Etats-Unis. D’autres encore voteront Obama sans enthousiasme, surtout pour faire barrage à Romney.

Vous avez publié dernièrement un ouvrage intitulé Histoire religieuse des États-Unis. On connait l'importance de la religion dans le choix des électeurs américains. Obama est protestant (considéré parfois comme musulman), Romney est mormon. Obama reste discret à ce sujet, Romney semble en jouer. Quels sont les avantages et les inconvénients qui peuvent en découler dans le cadre de leur campagne ?

Venu à la religion sur le tard, Obama n’est pas un born again, un évangélique converti, comme l’était son prédécesseur. Il a fait preuve d’une communication remarquable en la matière et a plaidé pour une réconciliation des démocrates avec la religiosité. Les évangéliques de gauche ont pu alors trouver une famille politique, prouvant que le parti républicain n’avait pas le monopole des croyants et de la religion. Il a cependant perdu une grande part du soutien des blancs évangéliques. Le ralliement que l’on semblait percevoir en 2008 n’a donc pas eu lieu.
Du côté de Mitt Romney, il faut distinguer deux paramètres. D’une part, les électeurs mormons sont peu nombreux (2%), très largement républicains, et concentrés dans des Etats systématiquement acquis à ce parti (Utah et Idaho). Seul le Nevada, où les mormons sont surreprésentés (11%), pourrait changer la donne. Pour l’instant, celui-ci penche du côté démocrate, du fait d’un électorat hispanique très présent.
D’autre part, on a cru un temps que les évangéliques conservateurs n’accepteraient pas de voter pour un mormon – qu’ils ne considèrent pas comme chrétien. Ils se retrouvent toutefois sur les valeurs conservatrices. L’important pour eux étant de faire barrage à un Obama considéré comme un dangereux socialiste – un terme d’opprobre aux Etats-Unis.

* "Etats bascules", qui peuvent passer démocrates ou républicains.