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Gazel aujourd’hui, Constances demain. Ce que les cohortes épidémiologiques nous apportent

Vaste laboratoire épidémiologique ouvert à la communauté scientifique, Constances a l’objectif de suivre sur une longue durée l'état de santé d'un échantillon représentatif d’adultes de la population française. Elle fait suite à Gazel, son illustre aînée.

le 8 janvier 2013

publiée mardi 8 janvier 2013
[style1;Gazel, la cohorte pionnière de référence ]« Les personnes exposées au stress au travail ont un risque de 23% plus élevé que les non-exposées de faire un infarctus du myocarde », annonce le Pr Marcel Goldberg. « Ces résultats publiés dans The Lancet du 14 septembre 2012 montrent que le stress représente un facteur de risque cardiovasculaire indépendant, responsable à lui seul en France de 3 à 4000 infarctus par an ». Chercheur à l'Inserm (CESP) et professeur d’épidémiologie à l’UVSQ, Marcel Goldberg est le créateur et le directeur de Gazel, l’une des 13 cohortes impliquées dans le consortium européen IPD-WORK .

D’une ampleur exceptionnelle à sa création en 1989, cette cohorte fermée de 20 000 agents d’EDF-GDF âgés de 35 à 50 ans à l’inclusion a fait l’objet, depuis plus de 20 ans, de centaines de travaux et de publications dans des domaines variés. « Gazel fait vraiment partie du paysage scientifique français et international », constate Marcel Goldberg.
Les experts qui ont contribué à la conception de cette cohorte ont su anticiper ses forces dès sa mise en place… et la consolider au cours des décennies. « Nous envoyons aux participants un questionnaire chaque année. Ce suivi rapproché, unique au monde, nous permet d’adapter le recueil de données aux évolutions des questions de recherche et de santé ».
La richesse et la complexité des données pouvant être recueillies par Gazel intéressent toujours des équipes de recherche du monde entier pour l’étude de problèmes de santé très variés. « Cette cohorte permet de répondre à de nombreuses questions, par exemple sur l’influence des conditions de travail sur la santé et les comportements : santé mentale, troubles musculo-squelettiques ou cardio-vasculaires, consommation d’alcool ou de tabac…». Les participants prenant de l’âge, les travaux de recherche effectués avec Gazel portent également aujourd’hui sur la retraite et différents aspects du vieillissement.

[style1;Constances, la cohorte moderne d’envergure]« Constances est née de l’expérience que nous avons eue avec Gazel », se souvient Marie Zins. « S’il est possible d’obtenir des données très fiables à partir de cette cohorte, elle présente des limites : tranche d’âge étroite, même employeur, même statut professionnel. Avec Constances, qui compte un vaste échantillon représentatif de la population générale, soit 200 000 personnes volontaires âgées de 18 à 69 ans, nous avons créé une cohorte avec des situations sociales et professionnelles plus diversifiées que Gazel ».

Lauréat de l'appel à projet « Infrastructures nationales de recherche en biologie et santé » du Programme Investissements d'Avenir, soutenue par la CNAMTS et le Ministère de la Santé, le projet Constances présente tous les atouts des cohortes prospectives d’aujourd’hui : « Nous avons choisi avec soin un très grand nombre de données à recueillir dans des domaines variés. Sur un échantillon aussi vaste, nous pourrons travailler sur l’apparition de la maladie, ses signes biologiques, ses facteurs de risque… mais aussi le suivi de la maladie, les filières de prise en charge, ses conséquences sur la trajectoire professionnelle …», explique Marie Zins. « Si Constances est bien une cohorte généraliste, nous avons défini des thématiques larges en fonction des recherches de notre laboratoire et des attentes de nos institutions partenaires, qui s’intéressent aux grands enjeux de la science et de la santé publique d’aujourd’hui, en particulier le vieillissement et les maladies chroniques ».

Constances s’appuie sur une vaste infrastructure existante, les Centres d’Examens de Santé (CES) de la sécurité sociale, qui sera chargée de l’inclusion des volontaires. Le suivi se basera sur le recueil, dit « actif », des réponses aux questionnaires qui seront régulièrement envoyés aux participants et sur celui, dit « passif », des données de l’assurance maladie et du programme de médicalisation des systèmes d'information (PMSI), de l’assurance vieillesse (CNAV) et du centre d’épidémiologie des causes médicales de décès (CépiDc) de l’Inserm. Le volontariat pouvant générer des « biais » de représentativité, une « cohorte témoin » de personnes n’ayant pas souhaité participer sera suivie de façon anonyme dans ces bases nationales, permettant les redressements appropriés. Le circuit des données est complexe, mais protégé : « Nous avons travaillé avec la CNIL dès la mise en place du projet pour être en conformité avec la Loi Informatique et Libertés du 6 janvier 1978 ».

Si l’UVSQ est porteuse du projet, sa réalisation est issue d’une étroite collaboration avec de nombreux chercheurs : « Une cinquantaine d’équipes impliquées dans l’épidémiologie et la santé publique nous ont aidé à concevoir le « design » de cette cohorte. Ainsi les données de Constances seront harmonisées avec les grandes enquêtes actuellement en cours en France et en Europe », conclut Marie Zins. « Nous avons tissé des liens forts avec les nombreux chercheurs qui nous ont soutenu dès la mise en place de cette cohorte. Dès mars 2013, nous publierons un appel à projet afin que ces scientifiques, et toutes les équipes de recherche internationales intéressées, puissent nous proposer leurs projets d’études épidémiologiques ».
Informations complémentaires
> Le communiqué de presse de l'INSERM
> L'article dans The Lancet
> La vidéo : les cohortes confirment le lien infarctus - stress au travail
> Le stress au travail devient une faute inexcusable de l'employeur