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25 ans, c'est jeune et c'est en même temps un 1/4 de siècle !

À ses débuts, Michel Garnier qui fut l’administrateur provisoire et le premier président de l’université disait aux nouveaux étudiants « il faut à la fois prendre son temps et ne pas le perdre ». Prendre son temps pour éviter la précipitation qui aurait nuit à la qualité des formations, des laboratoires. Ne pas le perdre, en lui donnant les moyens d’une croissance équilibrée et d’une assise scientifique solide. Entre l’euphorie des débuts et les obstacles à franchir, ce quart de siècle aura été celui de la construction, de la maturation et de la consolidation.


22 juillet 1991

22 juillet 1991, l’acte de naissance officiel de l’université de Versailles- Saint-Quentin-en-Yvelines est signé. Dans les locaux de la rue du Refuge à Versailles, la petite équipe réunie autour de Michel Garnier fête cette naissance. L’enthousiasme est tel que l'on ne compte plus les soirées passées à travailler pour assurer une rentrée sereine aux nouveaux étudiants et forger l’identité de cette nouvelle université. « Tout était à faire, se souvient Catherine Boudoux, aujourd’hui directrice des moyens généraux. J’ai réceptionné au courrier l’arrêté de création de l’université, c’était un moment émouvant. J’ai créé les numéros Urssaf et Insee, on discutait entre nous du logo, du nom de l’établissement. On travaillait au montage des statuts… C’était notre bébé ! ». La petite université n’est en réalité pas complètement sortie de nulle part. Sa gestation a pris quelques années et répondait à une urgence : celle de désengorger la place parisienne débordée par l’accroissement formidable des effectifs de l’enseignement supérieur. Une tendance nationale, qui se traduit à l’époque par un afflux de plus de 50 000 étudiants supplémentaires chaque année en France depuis 1987. L’État lance le plan “université 2000” et demande de l’aide aux collectivités territoriales. Une opportunité pour les Yvelines, alors véritable désert universitaire. Une première antenne délocalisée de Nanterre Paris-X s’installe d’abord en 1985 à Guyancourt. L’implantation est orchestrée par Jean-François Lemettre, professeur d’économie qui investit avec le concours du SAN, le Syndicat d’agglomération nouvelle, une ancienne école désaffectée.

« L’université est née dans une école de Guyancourt… tout un symbole ! note Robert Cadalbert qui était alors adjoint du maire Roland Nadaus. Très vite on a souhaité un campus ouvert sur le coeur de ville, pour qu’il en soit le moteur économique et culturel à l’image des “college” anglais. La jeunesse a toujours été un élément phare de notre agglomération ».

Deux ans plus tard, en 1987, Paris-VI (actuelle université Pierre-et-Marie-Curie ou UPMC) suit le mouvement en posant ses valises sur le site de l’avenue des États-Unis à Versailles. C’est de la réunion de ces deux antennes que naît l’UVSQ : « le meilleur des sciences humaines et des sciences dures », relève non sans fierté Michel Garnier. Visionnaire, il est alors président de Paris-VI et a bien l’intention de relever le challenge. « J’ai vu dans cette double origine, forte et prestigieuse, les conditions d’un développement rapide et d’une notoriété future ». Un développement largement encouragé et soutenu par les collectivités. « Nous avions vraiment la volonté de servir l’intérêt général, explique Étienne Pinte, à l’époque adjoint au maire de Versailles chargé de l’enseignement et de la formation, et l’intérêt pour nous tous, c’était d’offrir aux jeunes Yvelinois la possibilité de rester étudier chez eux et d’accéder à une offre de formation d’excellence. » Saint-Quentin-en-Yvelines donne des terrains, le conseil général prête des locaux notamment ceux de la rue du Refuge où s’installent les services centraux, tout le monde met la main à la poche, région, département, agglomérations et municipalités. Dès le départ le rôle d’acteur de proximité se confirme puisque 4 étudiants sur 5 habitent le département des Yvelines. « La création de l’UVSQ est le fruit d’une volonté partagée, au delà des clivages politiques », souligne Michel Garnier. Là encore, il y a quelque chose de fascinant dans cette création qui a suscité enthousiasme et passion chez tous les partenaires, institutionnels, économiques, académiques. Même l’éclatement sur plusieurs sites qui aurait pu être un frein à l’unité de l’établissement devient un atout.

Cette bipolarité des débuts laisse d’ailleurs des souvenirs cocasses à l’instar du choix du nom ! « La bataille a été un peu épique, se rappelle amusé Étienne Pinte, au départ il a été question de l’université de Saint-Quentin-en-Yvelines, puis nous avons fait remarquer que Versailles était plus parlant à l’international, alors c’est devenu l’université de Saint-Quentin-en-Yvelines Versailles pour finir par Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines ».

Michel Garnier, alors administrateur provisoire de l’UVSQ coupe le ruban à l'occasion de l’inauguration du bâtiment Leclerc à Guyancourt dédié au droit et science politique.
13 juin 1992 : Michel Garnier, alors administrateur provisoire de l’UVSQ coupe le ruban à l'occasion de l’inauguration du bâtiment Leclerc à Guyancourt dédié au droit et science politique.

Recherche et pluridisciplinarité

Alors que l’université poursuit son développement avec la naissance notamment du campus de Vélizy et de l’Isty, l’école d’ingénieurs, l’établissement se donne les moyens de sa cohésion.

Fin stratège, Michel Garnier a deux convictions : une université sans recherche ne peut pas fonctionner, la pluridisciplinarité sera la force du futur établissement. Alors, il met en branle son réseau, effectue avec Jean-François Lemettre un travail de persuasion pour attirer dans les Yvelines des chercheurs aguerris afin de développer une recherche de qualité. « Il faut bien se dire qu’à l’époque quitter une grande université parisienne et faire le choix d’une université nouvelle, c’était prendre un vrai risque », souligne Monique Cohen, directrice durant 14 ans de la Direction de la recherche, des études doctorales et de la valorisation (Dredval).

Pourtant des pionniers, tels le chimiste Gérard Férey, les sociologues Claude Dubarre et Pierre Tripier ou encore Guy Pujolle, le “pape” des réseaux, tentent l’aventure.

Le nouvel établissement fait preuve d’un véritable esprit d’innovation.Il se dote en 1992 d’un Observatoire de la vie étudiante (OVE), un des premiers en France dont l’idée a été importée de Nice par le professeur Alain Chenu. « Dès le début, il s’agit de mesurer l’efficacité de nos formations et d’analyser les caractéristiques des étudiants, leurs parcours d’orientation, leurs devenirs professionnels, explique Sylvie Vilter, responsable de l’OVE, cela a contribué à structurer l’offre de formation ». C’est dans cet esprit également que se met en place un club des supporters de l’université (l’Arcy) réunissant les chefs d’entreprise du département, l’un des plus riches de France. « L’université a, dès sa création, cherché à être en adéquation avec les exigences du tissu économique local, commente Dominique Gentile qui prend la succession de Michel Garnier en 1997 alors que l’établissement vole tout juste de ses propres ailes après avoir quitté son statut dérogatoire. « C’était d’ailleurs l’un des enjeux du plan université 2000 qui a redessiné un nouveau paysage universitaire en France. » Très conscient des enjeux, Dominique Gentile développe la filière mécatronique de l’Isty pour répondre aux besoins exprimés par les industriels de la région en créant le pôle technologique du Mantois (2003) : « nous avons alors choisi le mode de l’apprentissage. Nous étions un peu les pionniers en matière de professionalisation des formations. »

L'âge mûr

Il impulse également le développement des laboratoires en robotique (LISV), en informatique (Prism), en sociologie (Printemps). Précurseur avec le lancement d’un incubateur (aujourd’hui Incuballiance) et d’une filiale de valorisation de la recherche, il crée des cours à l’entrepreneuriat, donne naissance aux écoles doctorales. « J’avais également conservé de notre ancien régime dérogatoire un conseil d’orientation, sorte de “visiting committee” présidé par René Pellat alors haut commissaire à l’Énergie atomique qui m’a beaucoup aidé dans le développement de l’UVSQ. » En particulier la décision fut prise de créer la faculté de médecine à Montigny-le-Bretonneux à partir d’anciennes facultés de Paris intra-muros. À la fin de l’année 2001, Dominique Gentile se félicite de ce transfert dans le bulletin de l’UVSQ : « il rend l’université de Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines totalement pluridisciplinaire, ce qui ne peut être que bénéfique pour les étudiants du secteur. L’arrivée de cette composante correspond aux 10 ans de l’université de Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines. C’est une sorte de consécration, nous sommes parvenus à l’âge mûr. »

Peu avant en mars 2000, naît un service de la vie étudiante. L’université en confie la responsabilité à un élu étudiant, charge à lui d’assurer la gestion de ses moyens, matériels et humains. Là encore, une vraie innovation ! « C’est peut-être l’avantage d’une université nouvelle, où l’ambiance est presque familiale, mais il faut reconnaître que les étudiants ont toujours été respectés pour ce qu’ils pouvaient apporter, tient à souligner Sonja Denot-Ledunois, vice-présidente en charge du Conseil des études et de la vie universitaire de 2002 à 2012. Nous avions à coeur de valoriser leurs projets, leurs engagements car l’université est aussi un lieu d’éducation à la citoyenneté ».

Un développement rapide

L’intuition créatrice des débuts est à l’oeuvre si bien que lorsque Sylvie Faucheux prend les rênes de l’université en 2002, les projets fleurissent tous azimuts. « J’ai notamment relancé celui de la construction du bâtiment dédié à l’Institut Pierre-Simon-Laplace qui devait permettre de réunir tous les laboratoires impliqués dans l’étude du climat et de l’environnement », explique l’ancienne présidente.

Les conditions d’études s’améliorent avec notamment l’ouverture tant attendue de la bibliothèque universitaire de Saint-Quentin-en-Yvelines en 2005 entièrement financée par la région Île-de-France qui sera suivie quelques années plus tard par celle de Versailles. À cette époque déjà, on parle d’une Maison de l’étudiant, on en rêve !

En termes de formation, l’UVSQ continue à miser sur l’alternance : en 2005, l’université accueille 15 000 étudiants dont 4 000 en formation professionnalisante d’où la création en 2007 d’un centre de formation des apprentis (CFA) à Guyancourt.

L’université compte en 2008, 28 laboratoires de recherche, c’est presque trois fois plus qu’à sa création et le nombre d’enseignants-chercheurs a bondi passant de 542 en 1999 à 1360 dix ans plus tard. Cerise sur le gâteau, pour ses 20 ans, l’université fait sa première percée dans le classement de Shangai, qui regroupe les 500 meilleurs établissements supérieurs et de recherche dans le monde. Une consécration !

L'avenir version Paris-Saclay

C’est l’époque aussi où l’idée d’une grande “Silicon Valley” universitaire commence à germer. L’UVSQ prend part aux évolutions du Plateau de Saclay, futur pôle mondial de recherche et d’enseignement. L’entrée de l’UVSQ dans Paris-Saclay sera officialisée en 2012 sous la mandature de Jean-Luc Vayssière. « En devenir membre fondateur est une formidable reconnaissance pour l’UVSQ. Depuis, 75% des masters sont désormais mutualisés et ce mouvement se poursuit donnant à l’UVSQ un véritable rayonnement à l’international ».

Le défi pour le prochain quart de siècle qui s’ouvre va être de préserver et valoriser l’identité de l’université ainsi que l’excellence de sa recherche tout en participant à la dynamique de Paris- Saclay. Si la crise financière des années 2013-2014 a été un douloureux épisode de son histoire, l’université a su se remettre en question et se relever avec l’énergie qu’on lui connaît. Preuve s’il en faut : le retour en cette année 2016 de l’université dans le prestigieux classement de Shangai est le signe d’une vitalité retrouvée et d’une confiance en l’avenir renouvelée.