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Projet ELPIS*, 3 questions à François Giuliano et Alberto Epstein

François Giuliano et Alberto Epstein font partie de l’équipe 2 de l’Unité mixte de recherche END:ICAP. Leur projet, ELPIS est soutenu par la SATT Paris-Saclay dans le cadre de l’appel à projet maturation.

le 30 septembre 2016

 Publié le 30 septembre 2016
Pouvez-vous nous expliquer en quoi consiste ce projet ?
« La vessie neurologique est une pathologie qui complique les lésions de la moelle épinière responsables de para ou tétraplégie, les scléroses en plaques évoluées et certaines maladies rares du système nerveux central. La vessie neurologique est caractérisée par des contractions anormales de la vessie, cause d’infections urinaires à répétition, de fuites d’urines et, en l’absence de traitement, d’insuffisance rénale qui peut être fatale. La vessie est un réservoir pour les urines sécrétées par les reins.
Lorsqu’elle est pleine, la vessie se contracte, le sphincter s’ouvre, c’est la miction. Les fonctions vésicales de réservoir et de vidange sont contrôlées par un réflexe organisé sous forme d’une boucle nerveuse de la vessie vers la moelle épinière (afférences) puis retour vers la vessie (efférences), la moelle étant elle-même contrôlée par le cerveau.
En cas de vessie neurologique, les afférences envoient des informations erronées à la moelle se traduisant par des contractions vésicales anormales.
Les traitements actuels de la vessie neurologique abolissent les contractions vésicales en bloquant les efférences ; la vessie est alors paralysée. Les sondages vésicaux intermittents, 5 à 6/jour, alors indispensables pour vider la vessie, sont responsables d’infections urinaires fréquentes et d’une aggravation du handicap.
Notre stratégie consiste à inhiber la transmission de messages aberrants depuis la vessie vers la moelle pour traiter la vessie neurologique sans la paralyser. Nous construisons des vecteurs de thérapie génique de type herpès simplex recombinants non réplicatifs, sans toxicité pour l’homme, qui injectés dans la vessie, inhiberont l’activité des afférences vésicales en modifiant leur fonctionnement intracellulaire.
La commande nerveuse de la miction restera ainsi accessible à la stimulation électrique par un dispositif implantable afin de la déclencher à la demande sans recours aux sondages. Est ainsi attendu un progrès majeur dans la prise en charge de la vessie neurologique ».

Quelle en est l’origine ?
« Tout a commencé  pour cet ambitieux programme comme souvent par une rencontre de chercheurs qui ont mis en commun leur expertise dans des domaines apparemment très éloignés :
1) la neuro-urologie clinique et expérimentale, c’est-à-dire la connaissance de la prise en charge au long cours des patients souffrant de vessie neurologique, l’hôpital R. Poincaré de Garches étant un centre internationalement reconnu dans ce domaine, en dialogue constant avec la recherche expérimentale et la mise au point de modèles pour l’étude chez l’animal des mécanismes de la vessie neurologique dans les suites d’un traumatisme de la moelle épinière et l’évaluation de nouvelles approches thérapeutiques.
2) la vectorologie virale qui consiste à utiliser les propriétés infectantes des virus pour modifier le fonctionnement cellulaire, dans notre programme les neurones de la vessie, en modifiant le génome de ces cellules leur faisant ainsi synthétiser des protéines dont la présence inhibe l’activité des neurones. La maîtrise de ces techniques d’ingénierie génétique fait l’objet aujourd’hui de très nombreux développements en particulier dans le traitement des cancers ».

Quelles en seront les étapes, et plus particulièrement au niveau temporel, avant l’utilisation par le plus grand nombre possible ?
« Notre programme a débuté en 2013. Le financement par la SATT Paris-Saclay en 2017-2018 doit nous permettre de construire et de sélectionner des candidats vecteurs viraux pour disposer de prototypes pré-industriels en 2019.
Ces prototypes seront ensuite produits à grande échelle et dans des conditions de sécurité maximale, et en parallèle, testés afin de s’assurer de leur absence de toxicité pour l’homme.
Nous devrions disposer en 2020-2021 de lots de vecteurs pour la première expérimentation humaine qui sera menée en étroite concertation avec les autorités européennes et nord-américaines qui contrôlent le développement de nouvelles thérapies.
Si tout se passe comme prévu, la thérapie génique de la vessie neurologique pourrait être disponible pour les patients dans les centres spécialisés en association avec la stimulation électrique après 2025 ».

*: déesse grecque de l’espoir
Unité mixte de recherche END:ICAP
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