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'L'appel du Nord dans le romantisme britannique : étude d'une dynamique géoculturelle chez William Wordsworth et Sir Walter Scott, entre autres' par Monsieur Maxime Briand

Discipline : Langues et littératures anglaises et anglosaxonne, laboratoire : DYPAC-Dynamiques Patrimoniales et Culturelles

le 13 mai 2016

vendredi 13 mai 2016 à 13h30
Université de Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines
Bâtiment d'Alembert
5 - 7 Boulevard d'Alembert
Salle des thèses
78280 Guyancourt
Résumé :
L’idée du Nord se manifeste sous diverses formes révélatrices d’un réel magnétisme géoculturel ayant donné naissance à plusieurs mythes et idéologies. Or, "l’appel du Nord" se fit largement entendre depuis la Grande-Bretagne grâce aux Poèmes d’Ossian (1760-5), barde mythique du IIIe siècle commun à la mythologie gaélique, donc hiberno-écossaise. James Macpherson prétendit en être le traducteur et affronta une opposition sceptique féroce menée par le célèbre lexicographe anglais Samuel Johnson. Ce renouveau celtique écossais entraîna naturellement une réaction anglaise, avec les traductions de Thomas Percy encouragé par Johnson : Five Pieces of Runic Poetry translated from the Islandic Language (1763), ainsi que les fameuses Reliques of Ancient English Poetry (1765). Le but était de révéler les trésors du génie primitif gothique de la nation anglaise que défendit Samuel Taylor Coleridge dans ses conférences sur Shakespeare et sur l’histoire littéraire européenne (1810-20).
Au-delà de la simple formule romanesque, l’appel du Nord fut une dynamique centrale dans la naissance du mouvement romantique britannique. Celle-ci se manifesta notamment à travers les œuvres de William Wordsworth et de Sir Water Scott. En effet, les poèmes « philosophiques » de Wordsworth, l’Excursion (1814) et Le Prélude (1850), témoignent d’un attachement profond au Lake District de sa jeunesse, faisant de lui un pur produit de son environnement. Les montagnes, les vaux, les lacs et autres éléments de la géographie locale, outre leur valeur esthétique, se virent alors attribuer une essence spirituelle : l’esprit du Nord anglais. Dans son Guide through the District of the Lakes (1810-35), Wordsworth donne à sa fierté régionale une résonnance patriotique, en exprimant le désir de faire du District un site naturel d’intérêt national. Sur le plan humain, ses habitants étaient perçus comme les derniers représentants d’un âge d’or anglais, dans la mesure où ces derniers incarnaient un exceptionnalisme nordiste partiellement fondé.
L’Écosse constituait l’autre Nord britannique, le Nord exotique de l’île, en particulier les Hautes-Terres visitées par les trois chefs de file lakistes. Leur tour de 1803 rapporté par Dorothy Wordsworth renvoie l’image d’un espace nord collectif, voire fraternel évocateur du Vieux Nord des anciens temps, en référence au royaume de Strathclyde (500-800). La découverte du paysage écossais fit provisoirement oublier à Coleridge son aversion culturelle pour l’Écosse, tandis que Southey prit la voix condescendante de l’anglais civilisateur, alors qu’il accompagnait en 1819 l’ingénieur civil écossais Thomas Telford sur ses différents chantiers dans les Highlands.
La perspective britannique du sujet exige par ailleurs que l’on s’interroge sur l’exploitation du Nord écossais par Sir Walter Scott, à commencer par sa récupération de l’héritage ossianique dans The Lay of the Last Minstrel (1805) et The Lady of the Lake (1810). Ceux-ci apparaissent alors comme préliminaires à ses romans transfrontaliers : Waverley (1814), Rob Roy (1817), et A Legend of the Wars of Montrose (1819), prenant tous pour décor les Highlands, sans oublier The Pirate (1821), qui poussa l’exploration jusqu’aux confins septentrionaux du Royaume-Uni, les Shetland.
En outre, cet intérêt marqué pour l’espace nord, symptomatique pour beaucoup d’un rejet du Sud, incarné par l’empereur Napoléon, aurait tendance à renforcer notre certitude quant à la réalité de l’appel du Nord dans la littérature romantique britannique, qui, au demeurant, ne se confina pas aux frontières nationales, mais porta aussi son attention vers les régions nordiques et arctiques. On pense dès lors aux Lettres de Scandinavie (1796) par Mary Wollstonecraft et à l’aventure arctique de Frankenstein (1818) imaginé par sa fille Mary Shelley.

Abstract :
The idea of the North appears in diverse forms expressive of a real geo-cultural magnetism that gave birth to many myths and ideologies. Indeed, "The call of the North" became widely heard from Great-Britain around 1760 with the publication of The Poems of Ossian (1760-5), a mythical third-century bard common to Gaelic mythology, that is Hiberno-Scottish. James Macpherson claimed to be the translator of an ancient epic and confronted a sceptical opposition particularly ferocious lead by the notorious English lexicographer, Samuel Johnson. To this Scottish Celtic revival naturally ensued an English reaction with the translations of Bishop Thomas Percy, fostered by Johnson himself: Five Pieces of Runic Poetry Translated from the Islandic Language (1763), as well as the famous Reliques of Ancient English Poetry (1765). The point was to reveal the hidden treasures of the “native” and primitive gothic genius of the English nation, later defended by Samuel Taylor Coleridge in his lectures on Shakespeare and European literary history (1810-20).
Beyond the conventional romantic formula, the call of the North was a crucial dynamic in the emergence of a British Romantic literature. The former was notably manifest through the works of William Wordsworth and Sir Walter Scott. Indeed, Wordsworth’s “philosophical” poems, The Excursion (1814) and The Prelude (1850), attested the author’s tight bond to his native Lake District that made him who he was, that is, a pure product of his environment. The mountains, the vales, the lakes and other elements of the local geography, besides their aesthetic qualities, became endowed with a spiritual essence: the spirit of the (English) North. In his Guide through the District of the Lakes (1810-35), Wordsworth gave to his regional pride a patriotic tint by expressing his wish to make of the District a natural site of national interest. As to its inhabitants, they were regarded as the last representatives of an English golden age because they embodied a partly founded northern exceptionalism.
Scotland stood for the other British North, the exotic one, especially the Highlands visited by the three main Lake poets. The Recollections of a Tour of Scotland, A.D. 1803 by Dorothy Wordsworth reflected the image of a collective northern space, if not brotherly, evocative of the Old North of ancient times, in reference to the kingdom of Strathclyde (500-800). The discovery of the Caledonian landscape made Coleridge for a time oblivious of his cultural aversion to Scotland, while Southey took up the role of the condescending English civilizer, as he accompanied Scottish civil engineer Thomas Telford in 1819 for an inspection tour of his many constructions in the Highlands.
It is the same British perspective that led us to investigate the exploitation of the Scottish North in the works of Sir Walter Scott. The takeover of the Ossianic heritage in The Lay of the last Minstrel (1805) and The Lady of the Lake (1810) seems therefore to represent a poetical prelude to his trans-boundary Highlands-set novels: Waverley (1814), Rob Roy (1817) and A Legend of the Wars of Montrose (1819). Ultimately, The Pirate (1821) pushed the exploration to the far northern ends of the United-Kingdom, The Shetlands.
What’s more, this marked interest for the northern space, symptomatic for many of a rejection of the South epitomized by the emperor Napoleon, tends to reinforce our conviction as to the reality of the call of the North in British Romanticism. However, the scope of such a phenomenon was hardly restricted within the British isles and extended to the Nordic and Arctic regions, respectively depicted in Mary Wollstonecraft’s Letters written in Sweden, Norway, and Denmark (1796) and her daughter’s novel, Mary Shelley’s Frankenstein (1818).

 
Informations complémentaires
Fiona MACINTOSH-VARJABEDIAN, Professeur des Universités, à l’Université Charles-de-Gaulle - Lille 3, Villeneuve-d’Ascq - Rapporteur
Marc POREE, Professeur des Universités, à l’Ecole Normale Supérieure, Paris - Rapporteur
Jan BORM, Professeur des Universités, à l’Université de Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines – Directeur de thèse
Benjamin COLBERT, Maître de Conférences, à l’University of Wolverhampton, Royaume-Uni – Examinateur
Bernard COTTRET, Professeur Emérite, à l’Université de Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines – Examinateur

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