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L’UVSQ rend hommage à Michel Zimmermann, historien, disparu en 2026.

L’amphithéâtre V du bâtiment Vauban, campus de Saint-Quentin-en-Yvelines, a reçu le nom de Michel Zimmermann le 2 octobre 2026.

le 2 octobre 2026

Le 2 octobre 2026
Figure marquante de l’histoire médiévale et spécialiste reconnu de la Catalogne, Michel Zimmermann est décédé en 2026, à l’âge de 89 ans. Professeur à l’UVSQ de 1993 à 2002 et profondément engagé dans la vie universitaire, il a laissé une empreinte durable auprès de ses étudiants et de ses collègues. Une plaque en sa mémoire a été installée le vendredi 2 octobre 2026 sur la porte de l’amphithéâtre V du bâtiment Vauban B, en présence de Loïc Josseran, Président de l'UVSQ.

Michel Zimmermann est né en 1937 à Villefranche-sur-Saône et a fait ses études d’histoire à l’Université de Lyon. Reçu au Capes et à l’agrégation d’histoire en 1962, il enseigna durant 5 ans en lycée, à Limoges, où il fut le collègue d’Alain Corbin, puis à Saint-Germain-en-Laye, avant de devenir assistant d’histoire médiévale à la Sorbonne, où il exerça durant 25 ans. Parallèlement, il entama au début des années 1970 les recherches pour sa thèse de doctorat sous la direction de Philippe Wolff qui ne cachait pas lui avoir lui avoir proposé un sujet « difficile » : l’étude de la genèse de la Catalogne, qu’il appréhendait comme phénomène culturel plus que politique, ayant toujours porté sur cette question un regard critique. Face à la rareté des sources narratives auquel son directeur lui avait conseillé de s’intéresser, il se tourna vers les chartes, produites par milliers entre les IXe et XIIe siècles et conservées aux Archives de la Couronne d’Aragon et dans les divers dépôts d’archives catalans.

Les 20 années qu’il consacra à l’étude de cette documentation exceptionnelle débouchèrent sur la rédaction de son maître ouvrage intitulé « Écrire et lire en Catalogne, IXe-XIIe siècles », soutenu à Toulouse le Mirail en 1992 et publié en 2003 aux Éditions de la Casa de Velázquez, institution dont il avait été membre entre 1971 et 1974. Plus qu’au contenu et au dispositif des chartes, auxquels s’était notamment intéressé Pierre Bonnassie avant lui, il étudia minutieusement la langue, la forme et l’évolution des protocoles et préambules dont il montra que loin d’être des constructions répétitives et figées, ils recelaient des variations révélatrices de l’émergence du phénomène qui constituait son objet: la genèse culturelle de la Catalogne. Cette étude fit date.
 
Historien érudit et minutieux il ne dédaignait pas les lecteurs qui l’étaient moins que lui et à côté de ses très nombreux articles scientifiques, parus dans les revues les plus prestigieuses, il publia avec son épouse Marie-Claire Zimmermann, professeure de langue et littérature catalanes, deux « Que sais-je ? » consacrés à la Catalogne, ainsi que de nombreux ouvrages pédagogiques et articles de vulgarisation.      

En effet, outre le chercheur et l’historien, il fut un professeur exceptionnel qui fit découvrir le Moyen Âge à des générations d’étudiants à Paris 1 d’abord, où il fut assistant puis maître assistant et maître de conférences, puis à l’Université de Versailles-Saint-Quentin-en-Yvelines où il fut Professeur entre 1993 et 2002. Tous ceux, alors totalement béotiens, qui eurent le bonheur de suivre ses cours de première année, restent marqués par les accents passionnés avec lesquels il incitait ses étudiants à lire Grégoire de Tours pour saisir ce qu’était le Moyen Âge. Séduits une fois pour toutes, ils étaient nombreux à se réinscrire tous les ans auprès de ce maître merveilleux pour qui l’enseignement, loin d’être un pis-aller, revêtait un enjeu civique. Michel Zimmermann n’aimait pas les honneurs mais il était fier, à sa façon discrète, d’avoir obtenu les Palmes académiques.

Très investi auprès des étudiants et de la communauté éducative tout entière, il fut vice-président en charge de la vie étudiante de l’Université qu’il contribua grandement à développer et à laquelle il sut communiquer son dynamisme et son enthousiasme. Il y organisa à la fin des années 1990, le grand colloque « Auctor et auctoritas. Invention et conformisme dans l’écriture médiévale », paru en 2001 à l’École des chartes, qui fut un lieu d’échange fécond entre historiens et littéraires. Sa modestie était grande, exagérée sans doute mais profondément sincère ; elle allait de pair avec sa propension à voir et à dire ce que les travaux des autres avaient de remarquable à ses yeux. 

En relation, par sa participation à de nombreux colloques internationaux (y compris au Japon), avec de nombreux chercheurs européens, il était membre de l’IEC (Institut d’Estudis Catalans) de Barcelone. Il avait pris sa retraite en 2002, mais il continua à travailler. Très attaché au Roussillon, au Conflent et à la Cerdagne (son épouse Marie-Claire Zimmermann y avait vécu durant sa jeunesse et ils prirent pour habitude d’y passer une partie de leurs vacances avec leurs enfants), il fréquenta dès les années 70 les Journées romanes de Saint-Michel de Cuxa et publia d'ailleurs plusieurs fois dans les Cahiers de Saint-Michel de Cuxa. Dirigeant aussi depuis 2000 la section histoire médiévale des Études Roussillonnaises, revue d'histoire et d'archéologie méditerranéennes, il en supervisa deux numéros. Il publia en 2019 un ouvrage de synthèse sur la Naissance de la Catalogne VIIIe-XIIe siècles aux Presses Universitaires de Limoges et anima des entreprises collectives comme celle qui conduisit à la publication du volume consacré au Catalan médiéval, dans la collection « L’atelier du médiéviste », chez Brepols en 2023. On peut enfin retenir que son ultime production concernant la Catalogne médiévale venait de paraître dans le dernier numéro de la revue e-spania en février 2026.

Il laissera à toutes celles et tous ceux qui eurent la chance de le côtoyer le souvenir d’un esprit exigeant, mais toujours inspirant et bienveillant.
Nous voulons redire ici notre tristesse et notre sympathie à son épouse, à ses enfants et à ses petits-enfants.
 
Pierre Chastang, Patrick Henriet, Claire Ponsich et Claire Soussen.